Brancusi dans le monde des femmes

Cet article explore la personnalité complexe de Constantin Brancusi à travers le regard de ses contemporains et de ses relations féminines. Entre contradictions, liberté créatrice et séduction, il révèle l’homme derrière l’artiste et éclaire une dimension intime souvent méconnue de son génie.

12/30/20253 min temps de lecture

A woman in a white dress walking up a hill
A woman in a white dress walking up a hill

Brancusi était un homme charmant et sociable ; il avait une personnalité particulièrement complexe, que seul un petit nombre de gens connurent et que peu comprirent. Il était ouvert à n’importe quel sujet, qu’il s’agisse des arts, des sciences ou de la philosophie. Ses amis le respectaient et l’admiraient pour ses qualités. Il chantait, il cuisinait et il mettait au point divers objets comme personne d’autre, car il était très inventif.

Dans sa jeunesse, il était connu dans les cercles bohèmes comme un grand amateur de fêtes. Il aimait les cigarettes, le bon vin et la compagnie de belles femmes instruites et intelligentes. Il ne s’est jamais marié, quoiqu’il ait eu beaucoup de relations ainsi qu’un enfant, qu’il ne reconnut pas et refusa de voir.

Brancusi était un mélange de péchés et de vertus en lutte permanente ! Il connaissait très bien ses péchés et les a sans cesse combattus jusqu’à un âge très avancé. C’est la raison pour laquelle on a jugé intéressant de pénétrer dans l’univers intérieur de l’homme et de l’artiste Brancusi d’une manière peu habituelle : par l’intermédiaire des femmes qu’il avait connues. Quelques-unes furent ses modèles – la baronne Renée Frachon, Margit Pogany, Léonie Ricou, Marie Bonaparte, Agnès E. Meyer, Eilane Lane, Nancy Cunard ; d’autres furent ses amies, et d’autres encore celles qu’il a aimées. Il appréciait la beauté et l’intelligence, et il n’a jamais accepté à ses côtés une femme dépourvue d’esprit vif, car on connaissait fort bien la dureté avec laquelle il les éloignait de lui et de son atelier. Il était adulé par l’aristocratie parisienne et on pouvait souvent le rencontrer dans les salons à la mode.

Aux États-Unis, une légende s’était créée autour de lui, raison pour laquelle les femmes de la haute société le recherchaient et le cultivaient dès qu’elles arrivaient à Paris.

Pendant sa vie, il ne voulut pas se marier, car il avait peur de perdre sa liberté d’action et de création, ou encore de devoir bouleverser l’ordre qu’il s’était lui-même imposé. En 1920, durant le scandale autour de Princesse X, il disait au journaliste Roger Devigne que la femme était seulement « un sourire sur des chiffons, avec de la peinture aux joues. Mais ce n’est pas la femme » [340]. Brancusi a aimé les femmes et a gardé une discrétion totale sur ses relations intimes. En regardant la femme, il a toujours cherché ce que l’on ne peut pas voir avec ses propres yeux ; notamment, il a cherché la femme.

Parmi tous ceux qui ont écrit sur Brancusi, seul Modigliani, son bon ami qui le vénérait, l’a véritablement radiographié et a constaté qu’il était un cumul de contradictions, ce qui n’en facilitait pas la compréhension : « un bloc de pierre », pourtant « rusé comme le renard », ayant « le cœur chaud d’un paysan », mais « détaché comme un savant » ; tour à tour « glouton », puis « à jeun des jours entiers et affamé », il était « un saint », mais ses yeux brillaient à la vue des belles femmes [341].

Deux écrivains ayant bien connu l’artiste se sont exprimés au sujet des relations amoureuses de Brancusi. Adrian Maniu considérait que, pour l’artiste, « l’amour et la joie étaient les moyens d’aviver le monde » [342], et Henri-Pierre Roché savait qu’il « appréciait les belles femmes ». Ce sentiment était réciproque. L’artiste traitait les femmes avec « respect, galanterie, gentillesse, indulgence » ; en essence, « avec sa barbe à volutes, il était un séducteur » [343].

Les références:

[340] R. Devigne, L’homme qui rabotte les femmes, L’Ère nouvelle, Paris, 28 janvier 1920, p. 6. Brancusi : « En effet, qu’est ce au juste, qu’une femme ? Un sourire sur des chiffons, avec de la peinture aux joues. Mais ce n’est pas la femme. »

[341] P. Neagoe, Sfantul din Montparnasse [Saint du Montparnasse], Éd. Dacia, Cluj-Napoca, 1977, pp. 149–150. Amedeo Modigliani sur Brancusi : « [...] tu ressembles à un bloc de pierre. [...] Tu es fourbe comme le renard mais je ne peux pas te peindre comme un renard parce que tu as le cœur chaud d’un paysan, mais aussi un coin froid dedans – tu es détaché comme un savant. Tu es un glouton et un cuisinier formidable, mais comment te peindre ainsi lorsque je te vois aussi jeûner des jours entiers jusqu’à en être affamé pour atteindre l’illumination des saints. Et puis comment te peindre comme un saint quand je vois tes yeux briller devant les belles femmes. »

[342] A. Maniu, Brancusi, Dimineata, Bucarest, 12 octobre 1930.

[343] H.-P. Roché, op. cit., pp. 12–17.

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